blason Carole Dekeijser Artiste-Peintre et Philosophe

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La création artistique

A l’intérieur de l’œuvre générale d’un artiste, il existe une série plus ou moins étendue de réels chef-d’œuvres qui sont dignes de l’appellation de création. A côté de celles-ci, le reste est du domaine de la « pratique artistique ».

Cette différence fut estompée durant des années car le principe des marchés de l’art, basés sur des cotations, fit en sorte qu’on vendait des signatures et non plus des contenus d’œuvres, le plus souvent pour des raisons de blanchiment d’argent provenant de la criminalité.

Depuis l’effondrement de 1991 dû notamment à une répression du marché de la drogue et à la guerre déclarée à ses producteurs latino-américains ainsi, le tout combiné à un contrôle judiciaire et fiscal du marché de l’art, on constate que les vrais amateurs d’art, les vrais collectionneurs, font la différence, lors de leurs achats de tableaux, entre le contenu et la signature.

On obtient, pour une œuvre maîtresse dans la production d’un artiste, une offre pécuniaire qui peut être cinquante ou cent fois plus élevée que pour les œuvres que nous appellerons « courantes » de ce même artiste.

Ces différences-là sont majeures, ce qui me fait dire qu’il serait bon que l’on en débatte pour une clarification, aussi bien au niveau du monde artistique lui-même, par rapport à toutes les revendications que j’ai pu entendre lors des assemblées, des discussions concernant les statuts d’artiste, etc. Je me suis rendue compte que la plupart de ceux-ci veulent un statut non pas pour être protégés socialement mais bien pour être reconnus et considérés. Comme cette reconnaissance ne vient pas pour des raisons diverses, chacun y va de ses griefs, rejetant sur autrui les causes de leurs frustrations profondes, chacun y va de ses revendications notamment celui d’être un créateur artistique.

Il faut admettre qu’on peut être un artiste toute sa vie sans jamais être un créateur artistique.
Il y a en effet une multitude de personnes sortant de divers cours supérieures du soir ou du jour, autodidactes parfois, qui ont tous en commun une chose : la pratique artistique avec des options et des orientations toutes différentes, mais ce n’est que de la pratique artistique.

Parmi ceux-ci, il y en a ou aura qui feront réellement de la création, mais pas de façon continue, ce seront des « pièces maîtresses » ponctuelles réalisées pour des raisons qui ne sont pas toujours explicables.
Cette différence entre pratique et création artistique est à ce point estompée qu’on a tendance à faire et à dire n’importe quoi sur la création artistique.

On a le même problème en littérature où on constate que tous les gens célèbres, qu’ils soient cuisiniers, footballeurs, top-modèles ou truands, écrivent leur livre, avec l’aide d’un « nègre » pour la plupart, pour limiter leur incompétence littéraire. Ce n’est évidemment pas de la littérature, c’est « faire un livre », ce n’est pas de la création artistique mais bien de la pratique artistique. La littérature exige quelque chose de plus, une inventivité, bref, du génie.

Quand on lit l’œuvre de Victor Hugo, on peut discerner parmi ses poèmes ou ses pièces de théâtre ce qui tient de la pratique littéraire et de la littérature profonde qui est de la création artistique.


La culture c’est ce qui reste quand on a tout oublié.

 

La création artistique est ce qui reste et perdure à travers le temps, c’est ce dont on se souvient avec pertinence, c’est ce qui fait une civilisation, c’est ce qui marque l’évolution d’une société au même titre que les progrès technologiques qui, parfois sont également du grand art.

Le reste n’est que du vent et de l’agitation stérile.

Prenons exemple de Picasso qui fut on ne peut plus prolifique, on ne retiendra de lui qu’une trentaine de toiles. On parlera de Guernica, des Demoiselles d’Avignon, de la Famille Sollers et bien d’autres, mais la majorité ne sera remémorée qu’aux travers de livres.


Ce qui me parait dérangeant c’est qu’au travers de cette confusion entre pratique et création on se met à donner une espèce de valeur morale excessive à certaines choses, ce qui est le cas dans l’art contemporain où, sous prétexte de soi-disant novation et d’originalité, on peut proposer n’importe quoi.

Chaque fois que quelqu’un, dans le système de pensée actuel, fait une démarche pour essayer de trouver quelque chose, démarche limitée par ce qui fut fait auparavant, celle-ci se porte sur un espace de plus en plus étroit. Ce qui veut dire que l’originalité passe à travers le contenant et non plus du contenu. Elle est tributaire du médium, le choix des matériaux, le format, la dissociation de l’œuvre picturale du mur, cela devient de l’installation.


Cela reste du niveau de l’expérimentation. Il est indispensable de passer à la création artistique, c’est à dire en faire quelque chose, si ce n’est pas possible, c’est que la voie choisie est stérile et ne deviendra jamais créatrice de chef-d’œuvres.

Lorsque des gens sont choqués après avoir, dans une exposition, vu quelques pavés les uns sur les autres, ils ont à la fois raisons et tort.


Ils ont raison car les trois pavés ne sont nullement une œuvre d’art, mais ils ont tort car il s’agit bien un « produit » artistique issu d’une démarche artistique. Mais ce n’est pas une œuvre d’art en soi, l’œuvre d’art sera ce que l’artiste en fera, ce qu’il concevra à partir du « laboratoire » artistique issu des trois pavés.


Parfois au regard de certaines expositions, on a l’impression d’être devant une escroquerie artistique ou, pire, d’une démarche primaire non-aboutie.

Il y a un respect minimum à avoir envers le public. Il est important pour l’artiste de ne pas trop se dissocier de lui.


TOUT LE MONDE EST CREATEUR, tout le monde fait de l’expression artistique. La personne qui entretient son jardin avec soin fait de l’expression artistique, il ne faut pas le mépriser, celui qui décore sa maison fait de l’expression artistique, il faut le respecter, le fait d’aimer s’habiller correctement est de l’expression artistique et j’irai jusqu’à dire que le danseur du samedi soir dans la boite de nuit à la mode fait de l’expression artistique dès qu’il y met tout son cœur, on n’a pas le droit de le traiter avec ostracisme.

Il est donc scandaleux que celui qui a la prétention de se dire artiste ne donne pas « le quelque chose en plus » qui fera qu’il justifiera le fait qu’il expose et demande une reconnaissance supplémentaire de la part du spectateur, qui lui aussi est artiste « quelque part ».

La « profession d’artiste » est un métier qui se mérite par une connaissance, un travail quotidien, une ouverture, une curiosité et une rigueur égale aux autres professions et surtout une immense culture, remise en cause en permanence.

C’est là un très lourd débat à mener, car cela tient à la fois d’une approche socio-philosophique de la création artistique et de l’initiation car en parler en précisant les idées, c’est l’éclaircir et la rendre plus accessible.

Il est bien clair que le climat passionnel qui tourne autour de ce type d’approche est énorme.

Pour ma part, j’estime que si dans ce que l’on fait, on ne donne pas un grand coup de pied dans la fourmilière de l’immobilisme bien-pensant (même si celle-ci est souvent représentée par une jeunesse qui se plaît à refaire la même chose que leurs révolutionnaires ancêtres ou aînés qu’ils copient ou écoutent béatement), ce n’est pas la peine de se déranger pour rien.
C’est que le monde mérite d’être laissé là où il est.

Ceci est bien sûr ma perception des choses. Perception alimentée par l’étude de l’histoire et de maintes collaborations. Ceci n’est qu’une proposition, rien de plus…

On ne peut regretter que l’on trouve normal qu’un ingénieur, un avocat ou un médecin se doit de faire des études poussées, acquérir une connaissance de tout instant, se tenir au courrant de tout et dans de multiples domaines afin d’avoir un esprit ouvert « tout azimuth » et de constater que trop souvent les études artistiques sont faites pour ceux «qui ne savent pas faire autre chose ».

Nous ne sommes plus au moyen-âge et à la renaissance, mais n’oublions pas que les artistes de cette époque furent ambassadeurs, philosophes, conseillés privés et parfois même chefs de guerre tel Michel Angelo qui organisa la défense de Florence face aux armées du prince d’Orange.


Que les temps ont bien changé…

Pour arriver à une nouvelle évolution, il me semble nécessaire de revoir totalement le rôle de l’artiste. Tout d’abord en lui redonnant une connaissance humaniste poussée qui lui permettra de jeter les base d’une révolution culturelle positive qui cette fois tirera la société vers le haut et non pas en la détruisant comme ce fut trop souvent le cas lors de révisions sociales.

Un tronc ou une souche d’arbre peut devenir une sculpture abstraite selon la manière dont on observe, de même ces rochers pyrénéens peuvent engendrer des tableau de la plus pure abstraction.


L’apport mécanique de l’homme peut aussi s’inscrire dans cette optique, mon fils et sa Jeep semblent ici se fondre dans l’univers abstrait du fouillis sylvestre.

Par extension on peut dire que cette façon d’appréhender le monde dans lequel nous vivons peut engendrer une éthique de vie.


La matière ne devient qu’une partie du monde réel, il y aurait dualité en toute chose, le physique et le mental. Ne tenir compte que d’un seul élément serait se soustraire à une incontestable richesse apportée par l’autre vision de l’univers.
L’art doit nous apprendre à ne jamais se contenter des apparences, à ne jamais juger sur un seul élément.
Je reprendrai ici, une fois de plus, la maxime familiale de mon époux Michel Evrard-Thøelen :
Pour être différent des autres ils faut etc.

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