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Historiquement

Historiquement :
Ce que nous appelons des codes ésotériques, cabalistiques, mystiques ou autres, le sont parfois. Mais sont bien plus souvent l’identification naturelle d’une période de l’histoire.
Ces symboles reliés entre eux donneront ce que l’on peut appeler des codes. Ces derniers remplacent les mots d’un texte à une époque où la population était illettrée, mais pas pour autant débile. Si les gens ne savaient pas lire un livre, ils étaient en tout cas plus habitués que nous à décoder l’art et ses images qui lui étaient destinés et fleurissaient à foison aux murs de tous les édifices publics. Leur acuité à lire une image devait être égale à la nôtre pour lire un texte. Certes, ceux-ci comme les illustrations ont différents niveaux de compréhension possibles. Je ne pense pas qu’il s’agisse là plus d’un élitisme malsain que d’un penchant naturel de l’homme à, soit camoufler son message pour le rendre plus attractif, soit à tout simplement ressentir une profonde difficulté à s’exprimer dans des codes universels.

Cette caractéristique évidente de tout ce que peut produire le cerveau de l’homme nous ramène à l’humain.

L’humain est libre, bien entendu, de développer ou non ses facultés mentales. Ceci relevant plus d’un partage inéquitable lors de notre naissance, et sans évolution ultérieure… mais, laissons cela.

A une époque où tout le monde est censé savoir lire, où les livres pleuvent, vient s’ajouter un foisonnement d’images. Celles-ci sont nées de la photo et remplacent dès lors tous les sujets que l’on peignait jadis mais elles abordent également de nouvelles formes d’expressions répondant à de nouvelles nécessités socio-culturelles, artistiques et publicitaires.

A notre époque le peintre n’incarne plus le chroniqueur des âmes, ni l’espion du roi, ni le fou de celui-ci, ni un ami du peuple, ni le journaliste, ni l’intermédiaire révolté des minorités exclues ou des masses opprimées. L’artiste n’étant plus tenu à aucune de ces fonctions, et j’en passe, il ne se trouve plus que dans la dérangeante et fascinante liberté d’exprimer autre chose.

Je voudrais légitimement mettre en garde que l’on ne fasse pas de cette liberté, une nouvelle prison.

A l’époque où l’on se bat dans certains pays pour la liberté des médias, même si l’art n’est plus censé obligatoirement en faire partie, il m’apparaît comme dangereux d’abandonner mollement le privilège du rôle de l’artiste en ne consacrant celui-ci qu’à l’expression de son « moi profond », même si cela fait aussi partie de notre rôle.
Il me semble urgent d’élargir le champ de nos préoccupations intellectuelles. C’est non seulement le privilège de notre métier, mais aussi son devoir face aux populations du monde qui vivent encore dans une urgence matérielle, et qui, paradoxalement, développent plus naturellement la spiritualité, et ce, pas uniquement dans la classe des nantis.
Si la quête de soi me semble légitime, et peut apporter beaucoup à l’humanité en honorant le proverbe qui dit « rien ne sert de vouloir changer le monde si l’on ne commence pas par soi », il est urgent que ce but devienne rapidement un simple et humble moyen pour servir un dessein plus vaste mais bien à la hauteur des utopies de l’homme. J’entends la diffusion d’une culture universelle qui pourrait se développer par le respect de l’individuation de l’être au lieu du développement de son individualisme.

Venons-en au fait.
En plus de la résistance du public et de pas mal d’artistes face aux œuvres à thème, allant jusqu’à prétendre que ce n’est pas de l’art, que c’est de l’illustration voire de la BD (c’est gentil pour ces deux formes d’expression), vient s’ajouter une confusion entre la transmission d’un message et l’évidence de vouloir plaire.

Je ne juge pas, ou pas encore. Je cherche simplement à comprendre ce que cette confusion traduit. Que peut-il y avoir de positif dans cette incompréhension, au demeurant mutuelle, entre les différents mouvements artistiques et un certain public de plus en plus vaste ?

D’expérience, j’ai constaté que tout ce qui semblait négatif dans nos comportements émarge le plus souvent d’un processus d’évolution qui a du mal à s’imposer par le bon sens, et prend donc la voie de l’invraisemblance, voire du paradoxe.

Analysons donc celui-ci au lieu de le juger comme j’ai failli le faire.
Vivez, ne vous posez pas tant de questions, semble nous dire ce paradoxe.
Je ne vois qu’un type d’explication à la portée de mes neurones. Imaginons que l’humain, contrairement à ce que l’on pense, ait conservé tout son instinct et traduise ce fait à son insu. A l’instar de l’animal de meute, imaginons qu’il ait une réaction de rejet contre l’élément du groupe qui mettrait celui-ci en danger.

Imaginez qu’au lieu de subir sa vie, ou au lieu de subir La Vie, on se mette à choisir ce que l’on accepte de faire pour nous-même et pour Elle. Jusque là, rien de dangereux me direz-vous. Mais pourrions-nous faire la différence entre ce qui va nous mener à nous-même ou ce qui va nous mener à notre perte ? Je ferai un parallèle avec le choix d’enfanter ou non (je ne parle pas d’avortement) ou d’en sélectionner le sexe.

A l’époque des palanquins des larmes, ce pouvoir mis aux mains des Chinois aurait vite débouché sur une catastrophe. On pourrait citer une liste vertigineuse, où le libre arbitre, qui ne serait pas étayé par une sagesse en parfaite harmonie avec les lois de l’univers, serait une voie directe vers notre perte.

Ce thème est récurrent dans la mythologie ainsi que dans la religion, et souligné par les philosophes.
Icare est mon exemple favori. A vouloir brûler les étapes, la chute est mortelle. De tous temps l’homme a cherché à s’élever, à s’extirper de la glaise. De tous temps, la vie lui a rabattu ses effronteries sans le ménager. C’est dire à quel point elle respecte notre résistance. Cependant, tous les écrits semblent traduire le même sentiment ou certitude que la vie ne s’acharne que sur ceux qui veulent monter trop vite vers un libre arbitre, pour lequel ils ne possèderaient pas encore la sagesse protectrice. Elle ne se préoccupe pas de punir ceux qui ne visent que le profit, ceux-ci n’étant dangereux que par ceux qui les laissent faire. Elle semble aussi s’en prendre à ceux qui ne font rien pour se responsabiliser, mais elle laisse en paix ceux dont la vie ne changera rien à son évolution.

Le paradoxe n’en est donc pas un. Choisir au lieu de subir, penser au lieu de se laisser vivre, mais à un rythme qui succèderait au développement d’un Moi équilibré en accord avec l’univers. C’est, je pense, ce qui nous maintient dans ce refus instinctif de l’arrogance de celui qui prétend penser à tout, et à tout maîtriser dans sa vie.

Un art à thème semble s’inscrire dans cette problématique du libre arbitre trop tôt acquis. C’est probablement la mise en danger de nos garde-fous qui met cette forme de pensée au ban de la société. Si c’est le cas, je ne vois qu’une solution à ce problème : unir les recherches des deux grands concepts de l’art. Ceci afin que l’un tempère l’autre, et permette de restaurer le rôle de Fou du Roi de l’artiste en Fou de la société, dans un rôle d’apaisement du trouble de celle-ci.
De plus, ce faisant, nous abonderons dans le sens de la quête humaine de l’acceptation de la différence de l’autre.