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L’art du portrait

Paradoxe : S’il est un art abstrait par excellence, c’est bien l’art du portrait.

En effet, on utilise des paramètres connus de tous : tels le nez, les yeux, les dimensions, les proportions, les rapports, etc. (qui pourraient en quelque sorte être l’équivalent d’un alphabet génétique) et qui, assemblés, donnent jusqu’à présent, six milliards de possibilités de visages différents auxquels je me dois d’ajouter un nombre infini d’expressions.

Hormis ce jeu de l’esprit qui ne démontre que l’étonnante difficulté d’exprimer un moment choisi dans la palette de sentiments qu’offre chaque individu portraituré, l’art du portrait nécessite pour son accomplissement une entière disponibilité, une empathie profonde avec « l’autre » :.C’est pour moi le moment le plus privilégié de la peinture.

Deux voies s’offrent à moi ; d’une part utiliser le modèle comme support d’une émotion, en finale, je pourrais me détacher totalement de l’existence de l’autre (comme les Picasso, Modigliani, Giacometti, etc.) ; d’autre part, chercher à être la plus fidèle aux traits, à la forme, reflets du contenu de l’être avec lequel je vais partager des moments qui nous révéleront tous les deux.

Dans le premier cas, l’artiste conçoit sa propre idée et se laisse guider par un modèle qui au demeurant lui semble correspondre à celle-ci ; dans le deuxième cas, l’artiste se doit d’être mentalement vierge pour s’adapter à l’essentiel de ce qui se présente à lui et en retirer une capacité révélatrice tant de lui-même que de la personne peinte.

Je me dois de m’abstraire de moi-même, de m’ouvrir à l’autre, tout en conservant la lucidité qui me permettra de concevoir que ce qui me touche chez l’autre est aussi, fût-ce partiellement, ce que j’ignore de moi-même.

Mes portraits sont doubles. D’une part ils contiennent la représentation du visible et d’autre part, le fond du tableau me permet de concrétiser ce que celui-ci recèle d’invisible. J’exprime ce que mon inconscient perçoit de ce qui est inexprimable au travers de la représentation physique.
En effet, parler de soi ne représente pas à mes yeux une équivalence au plaisir que j’éprouve d’apprendre de l’autre ce que je ne connais ou ne connaissais ni de lui, ni de ma capacité à m’y retrouver.

Ceci pour le côté intuitif. Mais si je dois me référer à l’art du portrait à travers les siècles, je me souviendrai qu’il s’agissait également d’être ambassadeur, conseiller éthique auprès d’éminents personnages dont l’activité surchargée leur faisait goûter, savourer mais surtout utiliser ces moments intimes pour, soit se découvrir eux-mêmes à travers le regard de l’artiste (qui ne manquait pas d’habilement souligner leurs traits de caractère), soit d’utiliser cette intimité pour charger cet artiste d’un message à transmettre au prochain portraituré. Cela leur permettait bien souvent d’avoir un réseau non officiel. Cet éminent personnage pouvait être un roi de France, un Pape ou un autre puissant de ce monde. En effet, ceux-ci se prêtaient leurs « artistes protégés », je pense à van Eyck, Rubens, Bellini et bien d’autres.)

Nous sommes loin de cette fonction, et quelque part il est peut-être déplorable que l’influence de l’artiste soit laissée au hasard d’un emploi du temps d’homme de pouvoir qui n’est plus confronté à une autre vision de la vie. Hélas, car l’artiste est porteur de cette autre vision.

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