blason Carole Dekeijser Artiste-Peintre et Philosophe

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Les volcans n’explosent pas que la nuit

Singe-homme et sage
 
Un babouin impassible, un fond de matière florale tout aussi calme et, tout au-dessus, perdu dans le vert, une terrible explosion volcanique.
 J’ai exposé, dans d’autres textes, que pour mettre en évidence la lumière d’un sujet - aux sens propre et figuré -  il est impérativement  nécessaire  d’utiliser des contrastes forts mais nuancés. Dans ce tableau, je m’amuse à enfreindre cette règle qui m’est chère pour accentuer,  par opposition, une idée dont le caractère est d’être sous-jacente.
 En effet, en donnant une intensité égale aux lumières de chaque matière, j’anéantis l’importance que revêt un sujet tel qu’une explosion volcanique. Je mets par contre en avant, l’ambiguïté des images qui sont soumises à nos sens ainsi que l’équivoque même de nos moyens de perception  privés de notre réflexion. Je n’insinue pas pour autant que l’on regarde de-facto un tableau sans réfléchir. Il serait néanmoins logique de le faire, cela appuie mon choix de peindre ce sujet. 
 C’est ma façon de souligner le paradoxe entre la manière de traiter une image et la façon de la percevoir à sa juste valeur, que de sciemment utiliser ce procédé ambigu. A la perte de valeur de la luminosité de l’explosion,  à cette manifestation terrible des soubresauts de la terre qui devrait nous faire peur, j’ajoute le vert tranquille de la nature indifférente et le flegme d’un « singe » dubitatif. A le regarder de plus près, hormis sa tenue vestimentaire qui lui confère l’aspect d’un riche sage et contribue à atténuer inconsciemment l’importance de l’explosion, on peut encore distinguer deux aspects troubles qui l’écartent de-facto de l’animalité totale. D’une part sa tête enturbannée l’est bizarrement. En vérité le tissu passe derrière son arcade sourcilière. Il s’agit d’une allusion discrète à la possibilité que cet étrange animal soit affublé d’un masque et y dissimule lui aussi sa véritable identité. D’autre part les mains que ce « primate » croise si nonchalamment sont  humaines. Ce qui tend à confirmer que ce personnage endosse bel et bien un rôle. Le terme « affublé » met en évidence notre rejet  typiquement occidental, d’être, de près ou de loin, comparé à cet animal  primaire. En Inde, le singe Hanuman symbolise la sagesse, en Chine, il est la facétie. En Egypte, Hapy symbolise l’intelligence.
C’est pour ces symboliques que je l’ai choisi incarnant l’élément annonciateur du drame.  C’est aussi parce qu’au naturel il peut, a contrario du flegme qu’il affiche, développer une extrême agressivité. Ce que nous devinons instinctivement de ce caractère augmente le trouble de le découvrir ici déguisé en sage. Peut-être, notre conception occidentale de Sophia devrait-elle subir quelques révisions ?
Une représentation picturale nocturne d’une explosion volcanique synthétiserait  bien mieux le caractère dramatique de celle-ci. Vous l’avez compris, mon but n’est pas là. Tout l’objectif du tableau repose sur la démarche de dissimuler le véritable sujet par les jeux de lumière couplés à  des symboles contraires.
 En analysant nos réactions humaines face au stress, je m’aperçois que bien des cas insinuent en nous la confusion. On sait depuis longtemps que le stress n’est pas l’événement mais la façon de le vivre. Dans le cas qui me préoccupe, la méprise est plus ténue. J’ai constaté que selon la façon dont est présenté un drame, à venir ou présent, la réaction varie de la peur panique à l’insouciance totale.
 L’insouciance face à l’obscure gravité d’un fait (que ce manque de clarté soit le résultat d’une dissimulation volontaire ou d’une perte d’impact suite à une erreur de mise en exergue), m’apparaît comme une incapacité d’analyser objectivement les données. Peut-être est-ce faute d’une utilisation optimale de nos cinq sens mais, probablement aussi, par habitude de déléguer à d’autres le soin de décortiquer pour soi le contenu et les conséquences des événements.  Peut-être aussi par un rejet trop généralisé de la réflexion dans le sens où celle-ci occulterait le ressenti. Mécanisme entretenu par certains types d’enseignements. Ce tableau exprime ce déplorable phénomène qu’au demeurant je ne juge pas.
Je tente juste de le mettre en évidence en créant une énigmatique sensation de réel danger sans grande importance. Ce n’est pas en faisant perdre toute valeur à l’explosion volcanique que celle-ci n’en est pas moins à redouter. Il ne faut pas non plus se fier à la passivité du sage qui annonce la catastrophe, mais entendre ces paroles.
Du temps des Grecs et des Romains, les sages se sont battus pour que, tous, nous puissions accéder à la connaissance et à un enseignement qui développerait la précision de notre faculté d’analyse. Les sophistes se donnaient pour exercice mental de présenter deux opinions diamétralement opposées avec la même sincérité. Des générations d’hommes en quête du pouvoir sur soi - que confère le savoir - sont mortes pour que nous puissions, aujourd’hui, jouir des bienfaits d’une réflexion personnelle reposant sur une étude profonde et diversifiée. Il semble malheureusement que la démocratie permit à beaucoup d’entre nous de se soustraire en toute liberté à l’obligation morale que nous avons envers nous de réfléchir et d’étudier les fondements de nos déductions.
Le ressenti… c’est bien, mais est-ce suffisant face à l’habileté de la démagogie ?
La caractéristique d’un sage est de garder son calme. Cela reflète uniquement le fait que toute intrusion sentimentale dans la gestion d’un problème affaiblirait considérablement les capacités de réactions à fournir face à l’envergure de la situation.
Outre la question relative à la gestion de nos perceptions engendrant, entre autres, les peurs, la suivante est : quelle est l’influence de nos programmations instinctives liées au viscéral sur notre capacité de décodage ? Je prends pour exemple d’impact de ces influences sur notre perception, l’importance que revêt tout drame qui se passe la nuit.
Premier fait : privé de lumière, tout objet perd les nuances qui définissent sa réalité et son aspect à travers nos sens ; or s’il en est ainsi pour les objets, il en va de même pour les faits et actions.
Plonger dans l’obscurité - lieu paradoxalement propice au repos - pour vivre au lieu de dormir est déjà un paradoxe en soi.
Il m’a toujours semblé étrange que de nuit, nous trouvions  aisément le sommeil, et ce, sans avoir, au préalable, prévu la mise en place d’un système de vigilance. Il me semble même que cette faculté d’insouciance est le propre de l’humain. Serait-ce causé par son statut d’ultime prédateur ? Dans ce cas, ne fait-il pas trop confiance en son instinct de survie qui veille par ses sens en lui, sur lui ?
Je me heurte à ces questions relatives à l’insouciance depuis que j’ai vu les feux de brousse s’avancer droit sur les habitations à la vitesse d’un cheval au galop. Mais je me questionne bien plus encore au sujet de notre vigilance et de notre capacité d’analyse, depuis que je regarde ou écoute les infos à la télévision.        
N’y verrions-nous que du feu ?