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Le train

La mort est en première classe (Hommage à Léonor Fini)

Le train - hommage ?  Léonor Fini
Dans quel sens le voyez-vous passer ?

Si je l’avais peint dans son ensemble, j’eusse été obligée d’y introduire la perspective, et donc, enfermer le spectateur dans une direction qui, peut-être, n’est pas la sienne.
Peindre un fragment de train suffisamment éloquent pour éviter le doute, le disposer parallèlement au regard du spectateur, supprime une image trop directrice. Seule reste la sensation de l’être qui le regarde passer.

Meugle la vache… Meuuuh…

Pas de mouvements, pas de notion de vitesse accolée à l’image de ce train. En revanche, la femme bouge, c’est elle qui donne le rythme.
Quelle que soit la vitesse du train qui nous emporte, c’est notre volonté qui maîtrise la situation à son bord.
A contre-courant, nous devrons fournir des efforts surhumains pour rester à la même place par rapport au sol .
A vous d’en déduire ce que bon vous semble.

Dans le sens du voyage, nous pouvons nous laisser tirer dans une douce passivité ou, au contraire, augmenter la vitesse. De toute façon, il ne s’agira là que d’une sensation. Car le train, lui, va à son rythme, dans son sens, et son heure d’arrivée ne sera en rien modifiée par la vitesse à laquelle vous l’aurez parcouru dans un sens ou dans l’autre.
Fatalisme, stoïcisme ? Ni l’un ni l’autre.

Dans ce train qui nous mène, que sont les lois universelles régissant toutes choses et tous êtres ?
Chacun de nous est libre d’aller et venir à sa guise, d’être passif ou actif. Mais surtout, on est également libre de ne pas monter dans le train. On peut aussi le prendre ou en descendre en marche, ou à l’arrêt ; nous pouvons le manquer ou l’attendre.

Il en va de même pour nos vies en société. Idem pour les clivages entre différentes cadences de vie inhérents à des métiers à la pointe de la technologie, ou accrochés à des traditions artisanales dont leurs résultats ont un charme et une magie encore jamais égalés. Je pense aux arts.
Si la simplification est dangereuse dans ses oublis, il est bon de la contrebalancer par la complexité.
Les choses ne sont ni simples ni compliquées, mais seulement complexes.

Je n'ai nulle envie d'être "simple", mon seul souci est d'être claire.

Observez un arbre.
Objet reconnu de tous, comme étant beau et simple. Nul rejet de la part du spectateur. Il en accepte la complexité « de facto », comme s’il effaçait de sa perception les myriades de branches, de feuilles, de cellules de chloroplastes, et autres éléments la composant.
Nous-mêmes sommes, dans la chaîne de l‘évolution, l’agencement le plus simple de la dernière complexité qui constitue un être humain, avec toutes ses capacités, pour la plupart encore inexplorées…
La complexité fait donc partie de notre regard, de nos sens, et, n’est rejetée par nous lorsqu’elle n’est pas traitée dans son ensemble.
Si je peins un arbre en n’omettant aucune feuille, aucune branche, mais en oubliant de lui donner son volume global par un ombrage adéquat, cet arbre sera plat et dérangeant. L’inverse ne serait pas le cas.
Mais, comme il en va de ma vie, je m’attacherai aux détails, et les relierai dans l’ombre et la lumière pour qu’ils débouchent sur une globalité perceptible par tous.
Mon tableau (le train) est simple, oui, mais se veut combien complexe dans ses détails, dans ses matières, mais surtout dans les sens qu’il éveille. Pour moi, la mort attend patiemment à un point donné de notre vie, soit par sa réalité, soit par sa symbolique, comme signe de changement. Cela permet au spectateur de choisir la direction qui lui convient.
La femme lui tourne le dos tant qu’elle ne doit pas la rencontrer. La mort est effacée, simple, assise dans de confortables coussins, et ne se fait aucun souci.
Il est inutile d’épiloguer à son sujet, son silence est tellement plus éloquent.

La nudité à moitié dévoilée :
Le corps est beau, celui de la femme enceinte aussi.
J’ai entendu trop de femmes rejeter cette image, la trouvant laide.
Un enfant, je pense, ne peut naître serein et fort que d’un corps qui s’est accepté, qui est épanoui et ravi de l’être.
Comment débuter sainement une vie qui engendre le rejet ?
Pourquoi donc cacher le reste du corps ?
L’essentiel et encore l’essentiel… Avec la complicité du complexe.
Dans ce tableau, l’essentiel, c’est la tête qui pense, le ventre qui garde, les jambes qui portent.
Le plissé du vêtement rappelle la complexité de nos inhibitions, de nos conventions, intimement liées à notre vie sociale.
Cette femme affirme donc sa beauté par la chair et son comportement dans le monde par l’image de son vêtement.
Elle eût pu être vêtue de blanc, qui sied par convention aux vertus de la conception, mais pensez-vous que la pureté ne soit le fait que du blanc ?
Celle-ci ne se niche-t-elle pas au fond de nous, et ses effets ne sont-ils pas plus appréciables dans nos actes que dans notre aspect. Cependant, il va de soi que le métier de peintre s’attache à faire passer un message ou une sensation par les formes et les couleurs.
Il est de messages plus subtils que de grandes évidences, qui, souvent, d’un bord à l’autre du globe, sont perçus dans des sens opposés. Le blanc, chez nous est signe de pureté et de vie, alors qu’en Orient il est témoignage de mort, de pureté et de néant.
En physique, le blanc est l’assemblage de toutes les couleurs, et le noir, l’absence de celles-ci ; en peinture, c’est l’inverse.
C’est pourquoi je l’ai enveloppée de noir, de mauve, de dentelles et de plissés confus, parce-que… Rien n’est simple ou/et ni facile.
Le noir représente pour nous la complexité ; le mauve (dérivé de bleu et de magenta, l’un et l’autre représentant l’intellect et le terrestre) est la sagesse.
Cette femme, enceinte ou non, tourne le dos à la mort ; mais tourner le dos à une situation n’est jamais que faire face à une autre. L’autre, c’est la vie, sombre, pleine d’embûches… Pessimiste, me direz-vous ? Non, lucide. Avez-vous déjà observé un carré d’herbe à la loupe ? C’est une lutte contre le temps, une lutte à mort contre les autres et pour les siens.

Observez l’univers ou une planète. Son existence ne dépend que de son équilibre entre les forces d’attraction et de répulsion. Tout ceci ne peut être porté qu’au paroxysme dans l’état de femme enceinte.
Il y a pourtant beaucoup de lumière sur elle. Elle provient de là où elle va. Son but est donc positivement obstiné. D’où ce mouvement ample et rapide accentué par le vêtement, la jambe levée pour la course, les cheveux presque horizontaux, reliant étrangement la vie à la mort.
Son visage est serein, fragile, fort cependant de cette intuition fondamentalement déterminée dont dépend le bonheur à venir, non pas envers et contre tout mais envers, contre, et «avec»….

Le vert du train, c’est «l’indifférence» mais aussi la longévité, la puissance et la force, tel le résultat d’une longue alchimie qui s’appelle la photosynthèse, celle qui crée le vert de la nature qui nous entoure, qui vit malgré nous et sans nous. Nous ne pouvons la malmener que depuis peu. Cet état de fait est souligné par la rouille qui ronge par-ci par-là la tôle. L’entretien même de ce train qui nous emporte, de cette vie qui nous mène, dépend actuellement du soin que nous lui accordons.
Le jaune des lignes illustrent l’action interrompue par moment.

La couleur et la texture de la femme ?

Ces paramètres s’expliquent par la complexité et la simplification d’un assemblage microscopique d’éléments que j’ai voulu exprimer dans leur troublante texture, accrocheuse de lumière, par des techniques personnelles, afin de ne pas me limiter à ce que je vois mais à ce que je sens. Surtout pour bien marquer que le phénomène pictural est, bien plus qu’une réalité, une vision de l’esprit perçue par des sens ouverts,
A quoi bon copier cette réalité ? Elle est parfaite.

La composition, visiblement scindée en deux, invite au choix personnel d’aller vers la lumière ou les ténèbres.
En conclusion, un tableau simple est extrêmement pensé, tant dans le fond que dans la forme, et même s'il se passe d'une approche initiatique (liée à des symboles limités dans le temps et les cultures), sa compréhension ne sera aisée que si le peintre a fait abstraction de toute antinomie afin d’éviter les quiproquos et le doute.

Un tableau est une sensation mais aussi une phrase. On se doit de l’exprimer clairement et, phénomène extraordinaire, la langue picturale peut, selon les capacités de l’artiste, devenir universelle.
Que son message soit apprécié ou non est un autre débat.
Même si vous ne percevez pas consciemment cette lecture, la magie du tableau opère en silence.